Idées lumineuses

Publié le par Pierre d'Ecriture

Au petit matin, après une nuit agitée au cours de laquelle mon esprit en éveil avait beaucoup phosphoré, je m'étais levé bouillonnant de pensées.

J'avais pris une feuille de papier blanc et un crayon noir, et j'avais couché, noir sur blanc, quelques-unes de ces idées qui avaient peuplé ma nuit blanche, les yeux grands ouverts sur le noir de la chambre. Des idées qui éclairent les ténèbres, qui illuminent l'obscurité, qui resplendissent comme d'immenses champs de neige au soleil, qui repoussent les murs de la chambre et font s'envoler l'esprit dans l'azur scintillant...

Coucher une idée sur le papier, c'est déjà lui permettre de se reposer, de se calmer, de retrouver sa taille normale, évitant qu'elle soit trop vite chassée par une autre qui la relègue dans les oubliettes de la pensée... C'est pouvoir s'y arrêter, y réfléchir vraiment, mettre de l'ordre dans une brouillonne agitation...

  Mais c'est aussi parfois s'exposer à d'immenses déceptions quand on examine à tête reposée une idée qui a paru si lumineuse, si éclatante au moment où elle est apparue dans le bouillonnement des flots de la pensée... Exactement comme ces cailloux que l'on ramasse au fond de l'eau et qui sont éblouissants de beauté lorsqu'ils sont encore mouillés : alors, on les garde précieusement, on les admire un moment, et on les met au fond de sa poche. Lorsqu'une fois rentré chez soi on les revoit, à la lumière de l'ampoule électrique au dessus de la table, ils sont secs, ternes, et sont redevenus des cailloux gris, presque banals.

 Pour les idées, c'est souvent pareil; et encore quand elles ne se volatilisent pas purement et simplement comme gouttes d'eau qui tombent sur une pierre brûlante ou comme flocons de neige qui se posent dans le courant d'une rivière...

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Publié dans Mots à réfléchir

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