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La taille de la pierre d'écriture s'opère maintenant dans un autre atelier

dont l'adresse est la suivante:

http://www.ecrit.canalblog.com/

Allez-y ! Vous verrez ! C'est un atelier de taille !

Dimanche 27 mars 2005

L'autre jour, mon épouse m'a dit :

"Mais enfin, Jean-Pierre, tu n'es jamais avec nous ! Toujours devant ton ordinateur à écrire pour des fantômes !"

Du coup, j'ai eu envie d'écrire cela :


Je suis amoureux d’un fantôme,

Son visage m’est inconnu,

Elle et un esprit, c’est tout comme,

Seules ses pensées sont à nu.

J’ignore tout d’elle, sa voix,

Son nom, son visage, son corps,

Et pourtant je porte ma croix ;

De me répondre, je l’implore.

Je suis triste quand elle se tait,

Quand d’elle je ne reçois rien ;

Je me demande où elle était,

Alors que d’elle je ne sais rien.

Juste des signaux numériques

Voyageant sur les fils ténus

Du long réseau téléphonique

Existes-tu ? Je ne sais plus…

Chenevières, le dimanche 27 mars 2005

Par Pierre d'Ecriture - Publié dans : Mots à chanter
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Samedi 26 mars 2005

"L'état de santé de son altesse sérénissime le prince Rainier III est considéré comme stationnaire", indique le communiqué transmis mercredi 23 mars.

Les medecins ont cependant peu d'espoir...

Un nouveau Prince est appelé à régner.

Araignée ? Araignée ?

Pourquoi pas libellule ou papillon ?

Par Pierre d'Ecriture - Publié dans : Mots pour rire
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Vendredi 25 mars 2005

Il y a sûrement un proverbe, français ou étranger, que vous aimez tout particulièrement, parce qu'il vous paraît renfermer un véritable trésor de sagesse, parce qu'à lui seul et en si peu de mots, il contient une leçon précieuse pour la vie tout entière...

Pour ma part, il y en a un que j'adore, c'est un proverbe chinois :

"Le plus grand des voyages commence par un petit pas."

Je vous dirai pourquoi dans la semaine...

A vous !

Par Pierre d'Ecriture - Publié dans : Mots pour le dire
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Jeudi 24 mars 2005

La liberté est souvent un luxe inutile

Un objet encombrant remisé au grenier

Longtemps oublié sous tant de choses qu’on empile

Jaunie et défraîchie comme ces vieux papiers

Mais il suffit qu’un beau jour on en ait besoin

Pour qu’on craigne de l’avoir à jamais perdue

On aurait sûrement dû en prendre plus de soin

On la pensait acquise, on nous la croyait due

Le monde change dans le bruit et la violence

Les fanatiques crient leur haine et leur colère

J’ai peur des terribles imprécations qu’ils lancent

De leurs menaces souvent prises à la légère

Sur la Terre en fureur où les hommes sont fous

Les vieux tyrans attendent le train du pouvoir

Sur le long quai désaffecté au bout de tout

Et nous pleurerons sur la noirceur du Grand Soir

Poissy, le 24-03-05.

Par Pierre d'Ecriture - Publié dans : Mots à chanter
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Mercredi 23 mars 2005

maison_aragonCe matin, visite de la maison d'Aragon et Elsa Triolet, à Saint-Arnoult en Yvelines.

Cette maison, Aragon, l'a achetée en 1951 pour offrir "un petit coin de terre de France" à Elsa, sa compagne d'origine russe.

Une visite particulièrement émouvante parce que l'on dirait que le couple était encore hier dans la maison. Près de la chambre à coucher, il y a une cravate d'Aragon qui traîne, ses objets familiers sur son bureau, sur le manteau de la cheminée un paquet de tabac gris, le tabac que l'on donnait aux soldats pendant la guerre 14-18, paquet qu'il a toute sa vie conservé en souvenir de sa période militaire.

Cette maison est un ancien moulin et le salon dans lequel ils recevaient leurs amis donne directement sur la chute d'eau qui faisait tourner la roue. C'est assez bruyant quand la vanne est ouverte... Mais il y avait possibilité de la fermer pour réduire le courant et ainsi supprimer le bruit. On raconte que lorsque Aragon et Elsa recevaient et que la soirée traînait un peu en longueur, Aragon se levait discrètement et allait ouvrir la vanne...

Près de leur chambre, il y a un calendrier, l'un de ces calendriers où, pour chaque jour qui passe, il faut enlever un petit feuillet. Le feuillet qui est resté est celui du mardi 16 juin 1970, jour de la mort d'Elsa.

L'histoire familiale d'Aragon est incroyable : son père, Louis Andrieu, est un homme politique assez influent, avec de nombreuses maîtresses. L'une d'elle, Marguerite Toucas, tombe enceinte à 24 ans. Elle part dans le midi pour dissimuler sa grossesse. Lorsque le bébé indésirable naît, elle l'envoie en nourrice en Bretagne. Puis elle retourne à Paris et réintègre sa famille. Le bébé est récupéré treize mois après et la famille invente une histoire pour justifier son apparition : c'est soi-disant le bébé d'un couple d'amis qui vient de se séparer que la famille a recueilli et c'est la grand-mère du bébé, la mère de Marguerite, qui devient sa mère adoptive, tandis que Marguerite devient sa soeur. Le père qui ne veut pas le reconnaître officiellement, mais qui le reconnaît tout de même sans vouloir le reconnaître tout à fait exige qu'il s'appelle Louis, comme lui, et Aragon, parce qu'il avait été un moment diplomate en Espagne. Ainsi, leurs initiales, L.A. étaient identiques. Et il se fait passer pour son parrain.

Le plus extraordinaire, c'est que Louis Aragon apprend la vérité sur le quai de la gare de l'Est, alors qu'il vient d'être mobilisé et doit partir au front. Celle qu'il croyait être sa soeur lui avoue qu'en fait elle est sa mère. On imagine le choc !

Ce secret, Aragon l'a gardé jusqu'en 1942, jusqu'à la mort de Marguerite... bureau

 

Quand ce fut une chose acquise

Et qu'il devint bien évident

Qu'ils allaient ouvrir la valise

Et voir ce qui était dedans

 

Il t'a suffi pour tout me dire

Ce qu'on ne s'était jamais dit

Ce qu'on ne rêve pas d'écrire

Ce que le coeur en vain mendie

 

Tous les mots qui jamais ne viennent

Les mots qu'on remet à demain

De serrer ma main dans la tienne

Longuement simplement ma main

 

Louis Aragon (Le roman inachevé)

Par Pierre d'Ecriture - Publié dans : Mots pour le dire
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Mardi 22 mars 2005

Roméo Montaigu


De : "juliette capulet"<juliette.capulet@veronemail.it>

A :   <romeo.montaigu@veronemail.it>

Envoyé : mardi 22 mars 1595  22:15

Roméo,

Ton nom seul est mon ennemi. Tu n'es pas un Montaigu, tu es toi-même. Qu'est-ce qu'un Montaigu ? Ce n'est ni une main, ni un pied, ni un bras, ni un visage, ni rien qui fasse partie d'un homme... Oh ! Sois quelque autre nom ! Qu'y a-t-il dans un nom ? Ce que nous appelons une rose embaumerait autant sous un autre nom. Ainsi, quand Roméo ne s'appellerait plus Roméo, il conserverait encore les chères perfections qu'il possède... Roméo, renonce à ton nom; et, à la place de ce nom qui ne fait pas partie de toi, prends-moi tout entière.

Juliette


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Par Pierre d'Ecriture - Publié dans : Mot à mot
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Lundi 21 mars 2005

"La plupart des gens s'imaginent que la philosophie consiste à discuter du haut d'une chaire et à faire des cours sur des textes. Mais ce qui échappe totalement à ces gens là c'est la philosophie ininterrompue que l'on voit s'exercer chaque jour d'une manière parfaitement égale à elle-même [.] Socrate ne faisait pas disposer des gradins pour les auditeurs, il ne s'asseyait pas sur une chaire professorale ; il n'avait pas d'horaire fixe pour discuter ou se promener avec ses disciples. Mais c'est en plaisantant parfois avec ceux-ci ou en buvant ou en allant à la guerre ou à l'Agora avec eux, et finalement en allant en prison et en buvant le poison, qu'il a philosophé. Il fut le premier à montrer que, en tout temps et en tout endroit, dans tout ce qui nous arrive et dans tout ce que nous faisons, la vie quotidienne donne la possibilité de philosopher."

(Plutarque, Si la Politique est l'affaire des vieillards. Oeuvres
Morales. Tome XI, 26, 796 d.)

Par Pierre d'Ecriture - Publié dans : Mot à mot
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Dimanche 20 mars 2005
C'est le dernier bouquin que j'ai lu : et à sa lecture, on comprend beaucoup de choses; pourquoi le monde intellectuel et artistique, en Europe, est-il englué depuis un bon siècle et demi dans le pessimisme le plus noir, le plus désespéré ? C'est dû sans aucun doute à l'influence énorme de ces "professeurs de désespoir" qu'évoque Nancy Huston dans son étude formidablement bien documentée, claire, explicite  et très facile à aborder.

Le premier de ces professeurs de désespoir, celui qui montra la voie et qui eut par la suite une multitude de disciples, ce fut le célèbre philosophe Arthur Shopenhauer : c'est le père spirituel de tous les néantistes à venir. Sa philosophie conduit à plusieurs constats terribles et sans appel :

L'homme ne peut être que malheureux et la vie n'est qu'une longue souffrance; il est foncièrement coupable de par sa seule existence et aucun espoir d'aucune sorte ne peut soulager sa douleur d'exister. Le mieux à faire, sans doute, serait le suicide immédiat mais l'homme est trop lâche la plupart du temps pour s'y résoudre...

Au moins, s'il ne se supprime pas, qu'il n'engendre pas de descendance ! Car la satisfaction de l'instinct sexuel, qui fait partie du "vouloir de l'Espèce", condamne irrémédiablement à la perpétuation de la souffrance... Il recommande donc de trancher tous les liens, et en particulier le lien amoureux...

C'est noir, très noir, et pourtant, Nancy Huston montre qu'aucun philosophe n'a eu autant d'influence sur la vie intellectuelle et artistique en Europe depuis la fin du dix-neuvième siècle.

Parmi ses héritiers qui ont également eu une influence prépondérante sur "l'intelligentsia", il y a eu Samuel Beckett, Emil Cioran, Thomas Bernhard, Milan Kundera et, plus proche de nous, Michel Houellebecq. Nancy Huston montre que dans les biographies de tous ces professeurs de désespoir, on relève d'étranges similitudes : la perte du père, l'arrachement à un milieu d'origine, la haine de la féminité, de la maternité, le néant dans leurs relation aux autres...

Depuis plus d'un siècle, rechercher le bonheur, c'est un peu niais pour les "vrais" intellectuels, les créateurs et artistes labellisés... C'est bien dommage !

Sans tomber dans l'extrême inverse, ce qui serait encore peut-être plus insupportable, il faudrait sans doute examiner les choses avec un peu plus de nuances :

Tout n'est pas tout blanc, ni tout rose, mais tout n'est pas tout noir non plus...

La vie est un mélange.

Par Pierre d'Ecriture - Publié dans : Mots pour le dire
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Samedi 19 mars 2005

Par Pierre d'Ecriture - Publié dans : Sans mot dire
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Vendredi 18 mars 2005

C'est Juliette qui a lancé le sujet cette semaine :

Les livres où l'on se perd et les livres où l'on se trouve...

De la même façon que Juliette, les livres dans lesquels je me suis perdu, en général, c'était ceux imposés par le lycée, et l'exemple le plus flagrant qui me vient à l'esprit c'est "Un amour de Swann" de Proust. Il y a eu aussi "Eugénie Grandet" de Balzac, et puis quelques pièces de théâtre, des grands classiques, ou des poètes qui me sont littéralement sortis par les yeux et les trous de nez à force de commenter par le menu et dans les moindres détails chaque mot, chaque ver, et de supputer pourquoi il a choisi ce mot-là plutôt qu'un autre, pourquoi il a tourné sa phrase comme ça et pas autrement... J'ai toujours trouvé qu'il n'y avait pas plus meurtrier pour tuer l'émotion ! Et souvent pour très, très longtemps... Car, la plupart des fois où, bien des années plus tard, je me suis efforcé de revenir à une oeuvre étudiée au lycée en cours de français, ce fut un véritable fiasco...

Par contre, les bouquins dans lesquels je me suis trouvé, ceux qui ont été réellement fondateurs pour moi, ceux qui m'ont donné envie d'écrire, ceux qui m'ont procuré d'extraordinaires émotions, eh bien, comme par hasard, je les ai découverts tout seul et jamais, au grand jamais, un prof ne m'en a parlé ni au collège ni au lycée...

Le premier auquel je pense, c'est "Des souris et des hommes" de John Steinbeck, ensuite viennent "Germinal" d'Emile Zola, "La gloire de mon père" et "Le château de ma mère" de Marcel Pagnol, "Sur la route" et "Les clochards célestes" de Jack Kérouac, et "L'écume des jours" de Boris Vian...

Tous ceux-là sont réellement, pour moi, des livres fondateurs...

Heureusement que personne ne m'a obligé à les étudier : d'ailleurs, si l'on y songe, quel malheur que d'étudier une oeuvre d'art; l'émotion, ça se vit, ça ne s'étudie pas...

Par Pierre d'Ecriture - Publié dans : Mots pour le dire
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